Cinq raisons de s’interroger sur la militarisation des politiques de conservation de la nature

publié en accès libre dans Biological Conservation n° 232 (2019)

Les appels à agir en urgence pour contrer le braconnage ont fait émerger la militarisation des programmes de conservation comme une solution potentielle. Les acteurs du milieu de la conservation qui soutiennent cette approche ne tiennent pas suffisamment compte des implications de cette tendance à long terme. Cet article examine de manière critique la militarisation des politiques de conservation des espèces et identifie les principaux thèmes soulevés dans plus de 80 articles scientifiques. Nous avons identifié cinq raisons majeures de remettre en question la militarisation des politiques de conservation.

  • La militarisation s’attaque aux symptômes et non aux causes du braconnage
  • Elle exerce souvent plus de pression sur les gardes forestiers
  • Cette démarche est socialement injuste
  • Cette stratégie peut être motivée par la recherche de nouveaux marchés pour les technologies ou les biens et services militaires, détournant ainsi des fonds limités destinés à d’autres activités de conservation
  • La militarisation peut avoir des répercussions négatives sur les efforts de conversation en aliénant les communautés locales dont le soutien est nécessaire pour parvenir à des résultats durables.

Il n’y a pas de solution miracle. Afin de protéger les espèces en danger et de concevoir des stratégies justes et durables sur le plan social, une réflexion critique, novatrice et souvent inconfortable est indispensable. La conception de stratégies alternatives efficaces consiste à reconnaître les effets nocifs de la militarisation. Ne pas y parvenir ne fera qu’empirer la situation pour les personnes directement impliquées et risque de se traduire par des résultats médiocres en termes de protection des espèces en danger.